Paris : Les Villas secrètes du 14ème arrondissement …
Dans cet article, Découvrir Paris vous propose une découverte des villas si peu connues du 14° arrondissement…

* La villa Adrienne *
La villa Adrienne fait partie de ces larges espaces d’habitations parisiennes, dégageant une atmosphère qu’on croirait sortie du siècle dernier… Cachée discrètement le long de l’avenue du Général Leclerc, elle soutient un vif contraste avec la place Denfert Rochereau, mouvementée et attirant constamment une multitude de visiteurs.

En s’éloignant des cafés bondés, des magasins franchisés, et de la circulation sans interruption de la place Denfert Rochereau, on accède à cette villa, avec, je vous l’accorde, un peu de volonté. La villa est privée, et l’accès ne peut se faire qu’en possession d’un digicode… Mais avec un peu de persévérance, peut être aurez vous la chance d’y pénétrer.

En 1870, un ensemble de quatre de groupes de maisons similaires est créé pour accueillir des militaires et des ecclésiastiques. Neuf hôtels particuliers sont construits indépendamment. Treize ans plus tard, l’ensemble des propriétaires décide de donner un nom à cet endroit reclus. Le choix se portera sur un nom éponyme de la gérante de l’époque, Madame Adrienne.

L’originalité est le mot d’ordre de cette villa. D’abord, la porte de chaque maison est décorée d’une marquise romantique, elle-même agrémentée du nom d’une personne célèbre, venant d’un milieu littéraire ou artistique, tels que Blaise Pascal, Bernard Palissy, Molière, Corneille ou encore Jean Racine. Ces noms figurent innocemment sur les maisons, inscrits en petits carreaux bleu et blanc, comme pour munir la villa d’une richesse culturelle et également renforcer son envergure artistique.

Pourquoi artistique ? En observant bien la villa, on aperçoit de nombreux détails intéressants. Tout d’abord, un parc à l’anglaise présentant des statues aux postures originales et des arbres paraissant centenaires, introduisent des hôtels particuliers décorés de jardins coquettement aménagés et de beaux immeubles en brique et pierres blanches, ornés de balcons sculptés. L’un des hôtels abrite un centre d’expositions d’art contemporain. De temps à autre, des oeuvres de ces expositions sont entreposées sur le jardin de l’hôtel particulier, sous l’oeil admiratif des visiteurs chanceux qui auraient réussi à entrer dans la villa.

* Le 14 bis, rue Mouton Duvernet *
Rien de particulier n’est à mentionner à ce numéro… Au 14 bis, se trouve une large porte d’entrée, commune à de nombreuses autres portes parisiennes similaires. Mais derrière cette porte d’entrée se trouve une charmante allée pavée et agrémentée de villas fleuries aux styles variés et dotés d’élégantes marquises. L’allée est biscornue, large au début, donnant sur 3 larges villas, l’une d’entre elle possédant un grand jardin caché par des grilles mystérieuses, laissant dépasser des rosiers et de la glycine. Puis, au fond de l’allée, nous devons emprunter quelques marches pour nous retrouver face à un dernier jardin, privé, mais commun à plusieurs habitants. Le petit jardin abrite un cabanon et une grande variété de fleurs.

Le 14 bis est certainement la reproduction de nombreuses autres allées également cachées par des portes cochères parisiennes… si l’équipe de Découvrir Paris avait plus de temps, l’une de nos missions serait certainement de partir à la recherche de toutes ces portes cochères, cachant d’aussi somptueuses et surprenantes allées atypiques…

* Le Square Montsouris *
Perpendiculaire au paisible parc Montsouris, se tient une magnifique rue pavée, légèrement sinueuse et en pente, le genre de rue qui tient en suspens le promeneur qui la découvre. Sur environ 200 mètres, cette rue relie le Parc Montsouris au Bassin de la Villette, le réservoir d’eau potable de la ville de Paris.
Cette charmante voie a été créée dans les années 1920, dans le quartier du Petit Montrouge. A l’origine, étaient situées à cet emplacement des carrières de gypse. Sous Napoléon III, le village alors délimité par les actuels quartiers de Denfert-Rochereau, Cité Universitaire et Porte d’Orléans, fût annexé à Paris.
A cette même époque, une soixantaine de pavillons sont construits dans le but d’y loger des familles de milieux modestes. Une première partie de ces pavillons sont conçues selon un protocole strict, consistant à n’utiliser que des briques de couleur rouge ou ocre. Parallèlement à cette consigne, la seconde moitié des constructions est élaborée selon les souhaits des particuliers.

Ce mélange d’habitations au rythme rigoureux, associé à une cadence de pavillons fantaisistes, donnera au Square Montsouris un cachet et un charme jusqu’alors inégalé dans Paris.
En effet, la sobriété des briques rouge et ocre contraste vivement avec la variété d’originalités remarquées sur les autres maisons : style Art nouveau, style Art déco, constructions classiques, plus modernes, ou encore à connotation exotique, liées à des éléments d’architecture encore rares à cette époque : façades en pierre, ateliers d’artistes imbriqués dans les pavillons plus larges, colonnes, toits de formes originales et terrasses. On distingue même un cadran solaire, peint en 1900, sur la façade du numéro 28.

Mais la construction la plus remarquable de cette rue est sans aucun doute le pavillon situé de l’autre extrémité, à l’angle de l’avenue Reille. Construit par l’architecte Le Corbusier, pour un ami, le peintre Ozenfant qui voulait habiter dans une maison ressemblant à une usine, ce pavillon ne passe pas inaperçu. Malgré la diversité de styles architecturaux de chacune des maisons du Square Montsouris, la maison de Le Corbusier relève amplement le défi, en apportant une touche novatrice par rapport à l’ensemble des maisons voisines.

Pour contraster avec la valeur actuelle des ces pavillons, le square avait, à l’origine, une population mixte, parfois modeste, composée principalement d’ouvriers et d’artistes. Sa valeur est d’autant plus importante qu’il est intégralement inscrit à l’inventaire complémentaire des sites classés, depuis 1975.

* La Villa Seurat *
Cette impasse atypique a été construite dès 1919, lorsque l’architecte André Lurçat découvre les lieux et réussit à se rapprocher du propriétaire du terrain. A cette époque, une problématique liée à la crise immobilière forçait les artistes du quartier Montparnasse à migrer vers le sud du 14° arrondissement.
Les savoir-faire des architectes et artistes alors impliqués dans cette impasse en création va transformer ce terrain encore quasi-vierge en un véritable laboratoire d’expérimentations et d’innovations architecturales.
Une première commande est passée en 1924 par le frère d’André Lurçat. L’architecte construit alors à l’actuel n°4 un bâtiment en forme de L, complété sur la superficie tronquée d’une petite cour carrée. En 1926, l’architecte Auguste Perret intervient pour une commande au n°7 bis, destinée au sculpteur figuratif Chana Orloff.
Face à la réussite architecturale de ces premières constructions, qui plaisent unanimement à de nombreux artistes, les commandes deviennent vite très nombreuses.
A l’actuel n°3 est alors construite une demeure sur la commande du peintre pointilliste Marcel Gromaire. Au 3 bis est construit l’atelier du peintre Edouard Goerg. Ces deux demeures ont la particularité de présenter une façade légèrement bombée. Puis d’autres commandes suivent, notamment, au n°1, en 1932, pour le peintre surréaliste Salvador Dali, puis aux n°5, 8, 9, 11 et 18. La maison du n°18 fut la demeure de l’écrivain Henry Miller, puis abrita tour à tout de nombreux artistes, tels qu’Antonin Artaud, Anaïs Nin, Cendrars, George Orwell en 1936 et le peintre Soutine en 1937.

* La Villa d’Alésia *
Appelée à l’origine la villa Parquet, cette villa a été créée en 1897 et relie la rue d’Alésia à la rue des Plantes, sous forme angulaire. Investie, au même titre que la villa Seurat pour les artistes, par différents propriétaires du milieu industriel, elle garde encore son aspect d’origine, dans lequel des constructions de type industriel sont mélangées à des maisonnettes enfouies au fond de vastes jardins…

La villa a abrité au n°2 bis la demeure et l’atelier du sculpteur animalier Sandoz, qui, au passage, y a entretenu une ménagerie pour ses modèles jusqu’en 1971. Le n°11 a été habité par le peintre Auguste Leroux de 1908 à 1954. Une imprimerie tenue par des personnes sourdes et muettes a également été implantée pendant plusieurs années au coeur de cette villa.
Aujourd’hui, l’aspect industriel se remarque uniquement par des détails architecturaux faisant penser aux usines de l’époque industrielle.

* La Villa Hallé *
La villa Hallé est juxtaposée à la rue Hallé, entre les avenues du Général Leclerc et René Coty, dans l’ancien quartier du Petit-Montrouge. C’est une ruelle fermée au public, pavée et fleurie à souhait… et frustrant tous les promeneurs qui aimeraient bien voir ce qui se cache derrière le léger virage de la villa… Le site de la Villa Hallé correspondrait à l’un des principaux emplacements des catacombes de Paris…

En 1830, les frères Javal font l’acquisition du clos des Catacombes, formé sur d’anciennes terres de la Commanderie de Saint Jean de Latran. En quatre ans, avec la hausse des taxes foncières de la Monarchie de Juillet, les frères Javal, avec l’aide de l’architecte Théodore Charpentier, décident d’optimiser le nombre d’habitations en créant des constructions d’un étage et une placette en forme d’hémicycle, divisée en onze parcelles, donnant sur l’actuelle rue Hallé. Le projet d’urbanisation autour de cette rue regroupait également la rue Du Couédic et Rémy Dumoncel, le but étant d’organiser les habitations situées sur ces rues parallèles en parcelles régulièrement découpées et ouvertes à la vente. Les gravures de l’époque ont donné à ce lotissement le nom de Quartier d’Orléans au Petit-Montrouge.

Actuellement, quelques petites places de cette forme apportent leur charme à la rue Hallé et aux rues parallèles, sans compter cette charmante villa, dont le fameux tournant avait été créé pour respecter une volonté à présenter des formes sinueuses. Et malgré la reconstruction de certaines maisons, l’ensemble garde encore aujourd’hui une remarquable cohérence.

Mis à part ces quelques villas, le 14° arrondissement compte de nombreuses autres rues tout aussi charmantes… Parmi elles :
la rue du Parc Montsouris
la villa du Parc Montsouris
l’impasse Nansouty
la rue Georges Braque
la rue Campagne Première
Pas de photo de ces villas… Etant ouvertes au public, je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous mêmes !
Laurène Sommacal pour Découvrir Paris
Photographies :
Photo HDR, partie Villa Alésia : Nicolas Sommacal
& Autres photographies : Laurène Sommacal