Les passages cachés du Faubourg St Antoine…
Avant de commencer…
toutes les rues parisiennes comprenant le mot « Faubourg » (rue du Faubourg Montmartre, rue du Faubourg St Martin…) ont la même origine. Sous le règne de Charles V, une enceinte avait été fortifiée pour protéger Paris d’éventuels envahisseurs, et prolongée par le célèbre mur des Fossés-Jaunes. Les faubourgs étaient ainsi de petits villages situés à l’extérieur de l’enceinte. Les « rues du Faubourg… » actuelles démarrent donc à l’emplacement de ces anciens villages.
Il fût un temps où le Faubourg St Antoine était loin de ressembler à son aspect actuel…
Dès la fin du 17° siècle, et ce jusqu’au début du 20°, le Faubourg était le repère où se regroupaient une multitude d’artisans du meuble et de l’habitat. Le bois commandé par la ville de Paris et ses alentours était transporté par les eaux de la Seine, déchargé au niveau du port de la Rapée – à proximité du port de l’Arsenal – entreposé puis travaillé dans le faubourg. Ebénistes, menuisiers, serruriers, vernisseurs, laqueurs, tapissiers se partageaient le village, regroupant ainsi leurs savoir-faire, pour le plus grand bonheur de la clientèle.
Tous ces artisans avaient investi leurs locaux dans de larges ateliers, au fond d’impasses et de petites cours, leur permettant d’exercer leurs professions, parfois bruyantes, en toute tranquillité.
Aujourd’hui, si les artisans ont disparu, les ateliers et les impasses où ils se trouvaient sont toujours là. Ayant recouvré une autre fonction que celle de locaux artisanaux, elles sont désormais fleuries, calmes… dépaysantes.

Le passage du Cheval Blanc et la cité Parchappe (2 rue de la Roquette)
A l’abri de la rue de la Roquette, qui est certainement l’une des rues les plus agitées de Paris, se trouve un long passage divisé en plusieurs cours, portant curieusement les noms des 6 premiers mois de l’année. Ce passage est accessible à la fois par la rue de la Roquette et par la rue du Faubourg St Antoine, au niveau de laquelle il porte le nom de cité Parchappe, venant de la famille qui y vécut et y réalisa d’importants travaux d’agrandissement et de rénovation.
Aujourd’hui encore, quelques artisans ont installé leurs ateliers dans ce passage qui fut pendant longtemps le principal dépôt de bois du Faubourg.
Non loin de ce passage, au n°33 de la rue du Faubourg St Antoine, se cache dans une cour typique un impressionnant puits comblé datant de 1638…
Les numéros 46 et 48 de la même rue, actuellement investis par le Barrio Latino, étaient dès 1907 le magasin d’exposition de meubles Gouffé Jeune. Rien d’étonnant, si vous vous êtes déjà arrêtés pour regarder cette étonnante facade et ses structures métalliques, signées Gustave Eiffel!
Au passage, le splendide escalier reliant encore actuellement les 4 étages de l’établissement est classé aux Monuments historiques.
Juste en face, la cour du n°47 a abrité dès 1765 l’ébénisterie de Nicolas Petit, l’un des ébénistes les plus représentatifs du style Louis XVI.
Le passage de la Boule Blanche (50 Fbg St Antoine)
Ce passage, bien qu’à proximité des précédents, est situé dans le 12° arrondissement. En effet, lorsque le baron Haussmann décida de séparer le quartier en 2 arrondissements, certains passages de l’artisanat mobilier furent catégorisés dans le 11°, et d’autres, aux numéros impairs de la rue du Faubourg St Antoine, dans le 12°. Ce passage abrite les Cahiers du Cinéma sous une large verrière décorée de nombreuses plantes élégamment placées.
En 1700, il servait également de lien entre la caserne des mousquetaires et le Faubourg St Antoine.


La cour de Bel Air (56 rue du Fbg St Antoine)
La cour de Bel Air est introduite par un hôtel particulier éponyme. Après avoir franchi le long couloir traversant l’hôtel, surgissent deux petites cours, sur lesquelles on ne peut pas vraiment tomber par hasard ! La première contient une dalle pavée bien plus large que les autres.

Selon une légende, les mousquetaires noirs auraient utilisé ce grand pavé comme table de jeu.
Vous n’avez jamais entendu parler des mousquetaires noirs ?
A la mort de Mazarin en 1661, les mousquetaires passent au service du roi et sont répartis en deux catégories, les mousquetaires gris et les mousquetaires noirs, dont la caserne était située à proximité de la cour de Bel Air.

L’escalier D, en bois porte le nom d’escalier des mousquetaires, peut être du fait qu’ils l’aient emprunté durant la période où ils résidaient à cet emplacement, jusqu’en 1775.
Le passage du Chantier (66 rue du Fbg St Antoine)

Ce passage garde l’allure qu’il avait au 19° siècle, de par ses larges pavés et quelques artisans ébénistes y travaillant encore. En 1948, il abritait au n°10 une fabrique clandestine de balles, poudre et cartouches, présentée sous la couverture de fonderie de serrurerie. La matière des serrures ainsi fondues servaient à la fabrique de munitions…
La cour des Shadocks
Mis à part ce nom donné récemment, la cour située au n°71 de la rue du Faubourg St Antoine ne détient pas d’appellation particulière… contrairement au passage du Chantier, la cour des Shadocks a été presque entièrement rénovée et contraste harmonieusement avec les cours et passages voisins.

La cour de l’Etoile d’or (n°75 de la rue Fbg St Antoine)
Ce nom étrange, pour ne pas dire insolite, provient d’une enseigne désignant au 17° siècle une petite demeure bâtie entre une cour et un jardin. Un siècle plus tard, le jardin fut remplacé par une seconde cour intérieure.
Une rumeur insinuerait qu’un impressionnant cadran solaire de 1751 serait gravé sur la facade de cette demeure. Mais après maintes recherches, le mystérieux cadran reste introuvable, peut être caché par la construction de la seconde cour…
La cour des Bourguignons (74 rue du Fbg St Antoine)
Dès 1868, cette cour a été très rapidement investie par des ateliers de grandes enseignes, en particulier les établissements Krieger-Darmon. Remarquable avec sa forte personnalité industrielle, elle se distingue de ses voisines de par sa cheminée en briques installée au dessus d’une imposante verrière inscrite à l’inventaire des Monuments historiques et son porche agrémenté de sculptures et de médaillons.

La cour des Trois Frères (au n°81) est, quant à elle, l’une des plus représentatives de la période industrielle. Son amusant nom a été donné par son propriétaire, M Vignes, qui avait trois fils.
La cour de la Maison Brûlée (au n°89) et la cour de l’Ours (au n°95, dont la façade est gravée d’un ours sculpté) sont les dernières cours de cette longue rue riche en passages perpendiculaires…
La cour de l’Ours comporte encore une ébénisterie étonnamment bien réhabilitée.
Tout autour de la rue du Faubourg St Antoine, se dissimulent d’autres passages similaires, dont le passé artisanal ou industriel se fait encore largement ressentir…

La Cour Saint Joseph (rue de Charonne)

Le passage Lhomme (26 rue de Charonne)



Ce passage est l’un des seuls à abriter encore plusieurs artisans du domaine du mobilier. Au début du 19° siècle, l’avenue Ledru Rollin n’avait pas encore été percée et pour rejoindre la rue de Charonne depuis le Faubourg St Antoine, il fallait traverser tout un réseau de ruelles entremêlées.


Les ruelles ont pour la plupart disparu, excepté le passage de Lhomme. C’est ici une réelle trace de l’époque du Faubourg artisanal. L’atelier de gainerie Flé y est implanté depuis 150 ans, suivi par l’atelier de vernis au tampon Hollard. L’architecture est également typique des ateliers d ’époque, où longues cheminées, verrières et cours pavées côtoient des toitures en tôle et des bâtiments à parties abaissées. Un passage charmant…





La cour Delépine (37 rue de Charonne)

Les impasses de la rue de Reuilly (n° 18 rue de Reuilly 12°)
La rue de Reuilly, bien plus ancienne que la rue du Faubourg St Antoine, est placée au niveau d’un ancien chemin médiéval. Difficile à imaginer, avec tous ces immeubles aux styles si divers que l’ensemble donne un aspect peu harmonieux… Pourtant, quelques traces du passé ont subsisté aux projets immobiliers modernes. Au 18 de la rue de Reuilly, se dissimule une impasse bucolique, fermée – et oui, elle aussi ! – par une grille. Construite au 19° siècle, l’impasse abrite de part et d’autres des pavillons homogènes, tous desservis par un escalier, avec une marquise en zinc. Le pavillon central, au fond de l’impasse, est surmonté d’un dôme agrémenté d’une horloge en trompe l’oeil.
En rejoignant la rue de Reuilly, on peut observer d’autres impasses aux n° 29, 67 et 83. Ces impasses ont été construites à la même période que leur voisine du n°18. Toutes différentes, chacune d’elles abrite une pièce remarquable, un escalier en bois – très rares à Paris – une mystérieuse demeure au fond d’un jardin…
La cour du Coq (60 rue St Sabin)
Encore une cour ayant abrité des ateliers artisanaux. Fermée par une grille, elle mérite cependant le détour. Son passé artisanal est combiné à une activité rurale, estimée à l’époque du règne de Charles V, lorsque l’enceinte fortifiée était détourée au niveau de la rue Saint Sabin par de nombreux champs.

Cette cour doit sa dénomination à son ancien propriétaire, fier comme un coq de posséder un tel domaine. Une grille en fer forgé avait été placée à cette période, agrémentée, par dérision, d’un coq !
La cité de la Roquette (5 cité de la Roquette accessible au niveau du n°58 de la rue du même nom.)


La cité de la Roquette est finalement similaire aux autres du même quartier, à la particularité d’une construction étonnante alliant style néogothique, vitraux travaillés délicatement et colombages boisés. Ce bâtiment fut réalisé en 1891 sur la demande de Monsieur Louault, responsable d’une fabrique de meubles. Une enseigne suspendue à la façade porte cependant le nom de l’ébéniste Dugast, qui reprit le bâtiment par la suite pour y implanter sa fabrique de meubles de style japonais, sous la forte demande observée dès la fin du 19° siècle.
La rue des Immeubles industriels (M° Nation)
cette rue porte bien son nom. Au cours du 19° siècle, la révolution industrielle bat son plein et Paris fait entre autres, l’objet de nombreuses expérimentations architecturales dont le but est d’optimiser l’avancée des métiers de l’industrie. De chaque côté de la rue se tiennent de hauts immeubles agrémentés de colonnes en fonte, aux couleurs jusqu’à présent inhabituelles dans le cadre architectural…
A la base de ce projet un industriel, Jean-François Cail, créateur des locomotives à vitesse Crampton, associé avec l’architecte Emile Leménil.
En 1873, dans le but de réunir au même endroit des ateliers modernes pour les artisans et des logements décents pour leurs familles. 19 habitations sont ainsi construites, pour le compte de la Compagnie anonyme des immeubles industriels du Faubourg St Antoine. Au rez de chaussée et au premier étage se trouvaient les ateliers des ouvriers et artisans du meuble, tandis que les étages supérieurs abritaient les logements des familles. L’ensemble était approvisionné en énergie grâce à une imposante machine à vapeur de 200 chevaux construite par la maison Cail, installée au sous sol.
Ce projet, novateur et ambitieux, fut récompensé et primé à l’exposition universelle de 1878.
A la fin du 19° siècle, la rue des Immeubles industriels abritait 2000 personnes.
Les cours cachées de la rue Popincourt et de la rue Sedaine
La rue Popincourt regorge de petites cours toutes en longueurs, au sein desquelles on peut observer de part et d’autres d’anciens ateliers d’artisans. Entre les ateliers laissés à l’abandon, et ceux qui ont été réhabilités par des architectes spécialisés, le contraste est nettement visible !


Dans ces petites cours, pour la plupart fermées par des grilles, l’ambiance s’adonne à la promiscuité ; les enfants jouent tous ensemble et partagent leurs jouets, les voisins se croisent avec un bonjour souriant… des habitudes assez rares dans notre capitale… j’ai noté ces comportements à plusieurs reprises dans plusieurs cours… la préservation de ces passages anciens aurait-elle une incidence sur le comportement de leurs habitants ?


Si vous avez la chance de pouvoir pénétrer, en particulier dans la cour du n°12 rue Popincourt, ou au n° 28 rue Sedaine, vous ressortirez émerveillés…
Vous aviez lu précédemment un article sur les villas cachées du 14°.
Par la suite, un article similaire sur les passages du 13°.
L’article que vous venez de lire porte sur les cours du 11°.
Chacun de ces articles ont la particularité commune de retracer des lieux et des traces des activités qu’avaient les parisiens il y a de cela un à deux siècles. Des vestiges d’une période pas si ancienne, durant laquelle les métiers artisanaux battaient encore leur plein dans notre capitale… et ces vestiges sont encore bien présents, au fin fond des arrondissements parisiens, bien loin des sentiers battus…
Ci-dessous, encore quelques photos des passages de la rue Popincourt… pour le plaisir !





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